Stéfan Tulépo


Né en 1989 à Vannes, Stéfan Tulépo est diplômé de l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts Tours, Angers, Le Mans – site d’Angers en 2013. Il vit et travaille en Bretagne. Il a participé aux Chantiers-Résidence à Passerelle Centre d’art contemporain, Brest en 2014.

Site de l’artiste : https://www.stefantulepo.com/

Rouler, marcher, observer, flâner, fouiner, gratter, extraire, glaner, déplacer, s’adapter, transformer, collectionner, suspendre, révéler…
Mes recherches plastiques résultent de nombreuses pérégrinations en voiture et à pied dans des paysages communs où l’activité humaine est momentanément absente.
Dans ces espaces je photographie toutes sortes d’ambiances, de détails qui peuvent m’interpeller, afin de nourrir mes typologies. Je réalise également des installations in-situ. Comprendre l’activité de l’espace par ces traces, ces couches. Je récolte aussi des objets qui me serviront en tant que matière première ou support en atelier. Tous ces éléments récoltés sont la base de mon travail. Je travaille les objets à partir des photographies et mes sculptures alimentent le travail photographique. Je travaille en extrusion de matière, j’applique généralement des techniques classiques de sculpture sur des matériaux déjà utilisés. Je viens suspendre le temps en déplaçant les objets de leur contexte, en révélant d’autres formes, en extrayant partiellement des stratifications de matériaux et de poussières qui sont un marqueur de temps de ces lieux.
Cela m’intéresse de mettre en relation les différentes strates de notre société contemporaine face aux formations géologiques. Interroger le banal et l’exception, l’obsolescence, la conservation d’un patrimoine, le régionalisme…
Partir de l’espace domestique pour aborder des principes plus fondamentaux, des espaces bien plus vastes. Jouer par analogies de formes actuelles et celles des sociétés antérieures.
En m’inspirant des musées de vulgarisation scientifique britanniques, j’associe les images et les sculptures afin de développer une conversation visuelle.

Parcours :
Expositions personnelles
2015. Gratin, The Project Café, Glasgow
2014. Dans mon Jumpy 1.9 L TD, Passerelle CAC, Brest

Expositions collectives
2017. Let the dust settle, Celine Gallery, Glasgow
2017. Three bricks shy of laod, Carnival center, Glasgow
2016. Embarquer sans biscuit, Passerelle Centre d’art contemporain, Brest
2016. Common Ground, Glasgow
2016. Tomber sous le vent, CAN, Neuchatel
2014. Il n’y a pas de sans-abris ici, Maison PaïPaï, Angers
2014. La machine à couder des bananes, PAD, Angers
2013. L’origine d’un Monde, curateur Christian Alendete, Château d’Azay le Rideau
2012. Expositon collective, Galerie Enface, Angers
2012. Antichambre, L’Hotel Huger centre d’art, La Flèche
2012. Undiscovered Landscape, curateurs Ewan MacArthur et Arthur Watson, Matthew Gallery, Dundee
2011. The green man, Rose-angle Gallery, Dundee
2010. Nature réinventée, dans le cadre de l’ARC «matière du paysage» dirigé par l’artiste/paysagiste, Jérôme Boutterin, l’île de Baure

Résidences et workshops
2017. Résidence, Common Ground, Breamar (Scotland))
2016. Réalisation d’une serie de workshops Photosynthesise, Center Comtempory Art, Glasgow
2016. Collaboration à l’organisation de la résidence Beta beta, Breamar (SCO)
2016. Intervention au symposium Ecology of Production, Trade test site. Ahruus, Danemark
2015. Résidence, Common Ground, Breamar, Écosse
2015. Résidence de production, Scottish Sculpture Workshop, Lumsden, Écosse
2015. Symposium Camp breakdown break down, Scottish Sculpture Workshop, Lumsden, Écosse
2014. Résidence en milieu scolaire dans un Collège, Pleyben
2014. Résidence de production, Les chantiers, Passerelle Centre d’art contemporain, Brest
2012. Aide à la réalisation de sculptures en argile avec les artistes Daniel Dewar et Grégory Gicquel

Publications
2016. Suplément de la revue 02, n°79,
2015. Numéro 1 La Montagne, Revue Faros

Collections
2017. Acquisitions par une collection privée
2014. Acquisitions par l’Artothèque de Brest
2014. Acquisitions par une collection privée

Formation
2013. DNSEP/MASTER 2, avec les félicitations du jury, École supérieure
des beaux-arts Tours Angers Le Mans, site d’Angers
2011. DNAP, avec les félicitations du jury, ESBA TALM, Angers
2011. Semestre d’échange ERASMUS, Duncan of Jordanstone College of Art,
Dundee (SCO)

Autre activité professionnelle
2014/2017. Implication dans un lieu multi-culturel et communautaire, The Project Café, Glasgow

Vues de l’ouverture de l’atelier de Stéfan Tulépo fin août 2018.
Photo : © Vincent Victor Jouffe

 

   


Répertoire photographique élaboré pendant la résidence, travail en cours.


Stéfan Tulépo – Le Sable du château
Constructions de terrain(s)
Par Anne-Lou Vicente, critique d′art indépendante.

Tailleur-graveur-cueilleur, comme il se définit lui-même, infatigable arpenteur, sculpteur, glaneur, collectionneur — j’en passe et des meilleurs —, Stéfan Tulépo trace patiemment sa route au fil d’une poétique constructive du matériau et de la forme, pleine de petites attentions et empreinte d’un humour (re)créatif. Naviguer entre la Villa Rohannec’h, ancienne maison d’armateur construite au début du XXe siècle progressivement transformée en lieu de création et de rencontres artistiques et culturelles, et les cabanons du Valais, modestes maisons de vacances surplombant l’unique plage de Saint-Brieuc bâties à partir des années 1950 1 : voici ce qui a essentiellement composé l’emploi du temps et de l’espace de Stéfan Tulépo qui eut de cette manière tout le loisir de travailler — avec les moyens du bord —, embarqué dans un va-et-vient permanent entre intérieur et extérieur, architecture et paysage, culture et nature.

Aussi court soit-il, le titre de l’exposition que Stéfan Tulépo a conçue dans les murs de la Villa Rohannec’h en dit long sur sa manière de (conce)voir les choses : l’expression « le sable du château » nous renvoie d’office à l’architecture de sable qui constitue l’une des occupations incontournables des enfants (et de leurs parents) en bord de mer, en même temps qu’elle fait, par un simple jeu de passe-passe sémantique 2, précéder sinon prévaloir le matériau (sable) en regard de la forme (château) — laquelle pourrait ici renvoyer à l’architecture cossue de la Villa si l’on en croit l’image qui la représente en sable sur la plage du Valais, exposée dans le hall d’entrée du bâtiment à l’instar d’autres images immortalisant des situations ready made ou des interventions in situ opérées par l’artiste au cours de sa résidence 3.
Si la forme de la bâtisse, omniprésente, a par ailleurs été reproduite à échelle réduite à partir de briques de Saint-Brieuc simplement empilées sur une palette en bois dans le parc situé devant, le lieu, en grande partie gardé dans son jus et pensé comme un espace d’expérimentation 4, a également été investi de l’intérieur. La silhouette de la Villa se dessine en creux sur un parquet recouvert de poussière 5, tandis que les revêtements des cloisons ont été soigneusement modifiés : les papiers peints, déchirés de sorte à créer des motifs à consonance organique ou végétale ; le tissu épais, découpé pour former des rideaux rejouant modestement certains codes décoratifs et picturaux, et rappelant les origines bourgeoises du lieu éprouvé par le temps. Au sol, deux panneaux d’aggloméré sont gravés de motifs hérités du mouvement d’art celto-breton des Seiz Breur (1923-1947), évoquant ainsi l’empreinte d’un modernisme régionaliste, profondément ancré dans la mémoire stratifiée des matériaux et des supports, fussent-ils les moins nobles.

Dans l’axe de l’entrée, à l’intérieur de la majestueuse salle principale, un curieux objet suspendu à la verticale au-dessus d’une cheminée attire notre attention. À y regarder de plus près, on croirait voir la réplique en pierre d’un transat en plastique. L’illusion est parfaite. La nature fait si bien les choses que l’objet manufacturé, récupéré par l’artiste dans le jardin de ses parents où il fut longuement exposé aux intempéries, a revêtu cet habit minéral, fruit de l’œuvre du temps. Moisissures et autres lichens se sont patiemment déposés sur la surface synthétique initialement blanche, devenue grisâtre. Symbole populaire d’une détente estivale bien méritée, l’objet ainsi métamorphosé, prêt à se fondre dans le paysage tel un insecte adepte du camouflage, tourne le dos à la mer située derrière le miroir dans lequel il se reflète, manifestement passé de l’autre côté — celui de la sculpture.
De manière fortuite, les traditionnelles percées longitudinales qu’il arbore font écho aux entailles et ciselures que Stéfan Tulépo administre à un ensemble de galets et d’assiettes, comme autant de lignes, motifs, trames et chemins réels ou imaginaires. Dans une mise en scène inspirée de la muséographie britannique reposant sur un principe d’analogies, la plupart de ces objets, qu’ils soient disposés sur des panneaux de bois et de miroir surélevés du sol ou bien posés directement sur le dessus d’éléments intégrés à l’architecture (rangements, cheminées, etc.), sont associés et assemblés à d’autres (images, rouleau de scotch, cible de fléchettes, ampoule, corbeille en plastique, etc.), occasionnant ainsi des « conversations visuelles » et pouvant évoquer, de manière plus ou moins explicite, jeu de pétanque, cactus, coquillages, masques, etc. Ces compositions côtoient une série de « Fossiles briochins », blocs de pierre noire taillés desquels émergent des bribes d’objets « locaux » : la faucille (tant comme outil de jardin que symbole du communisme), le vaporisateur de la gamme de produits d’entretien à base de savon noir de la marque Briochin, ou encore un mystérieux entonnoir aux vertus nourricières.

Dans cette même logique consistant à retirer de la matière pour faire apparaître formes et/ou figures, l’artiste a partiellement déblayé une plage de Saint-Brieuc recouverte d’algues vertes et installé des cages de but, transformant le parterre toxique en surface de réparation ludique (non praticable). L’image, saisissante, nous entraîne vers une autre : on y voit une femme de dos, assise sur une serviette de couleur verte démesurée disposée sur la plage et lestée au moyen de galets, éléments que l’on retrouve présentés à ses côtés, tel un fond vert d’incrustation d’image. Réalisée pendant l’été, la performance a bel et bien eu lieu, manière amusée de tester l’étendue et les limites de la propriété privée sur une zone a priori peuplée, tout en faisant bien entendu allusion aux phénomènes locaux que constituent l’algue verte et la loi Littoral. Le caractère burlesque de la situation entre en résonance avec celui d’une vidéo montrée à proximité, où l’on peut voir et entendre l’artiste déambuler dans son véhicule en périphérie de Saint-Brieuc tout en se livrant à un exercice de karaoké aléatoire consistant à lire, ou plutôt à chanter, les inscriptions visibles sur son passage, de l’enseigne commerciale au panneau de signalisation. Ou comment se réapproprier et réinventer, pour ne pas dire réenchanter le paysage urbain de manière poétique et comique par l’usage de pratiques quotidiennes et populaires à la portée de tous.

Cette intrication entre privé et public, intime et universel, se retrouve dans une pièce au statut très particulier étant donné qu’il s’agit d’un objet emprunté à la propriétaire d’un des cabanons du Valais. Sur une table haute gît un sujet en terre cuite peinte : sa tête est intacte mais le reste du corps est morcelé. Sur l’un des fragments, on peut lire « Joyeux », du nom de ce personnage qui n’est autre que l’un des sept nains de Blanche-Neige, protagoniste du conte des frères Grimm notamment adapté en dessin animé par Walt Disney et connu à l’échelle planétaire. Évoquant un gisant par sa position couchée et un ossuaire par son aspect fragmenté, Joyeux gisant condense — gentiment — cultures et croyances populaires, rituels sacrés et traditions vernaculaires traversant les territoires et les époques en même temps qu’il nous renvoie au site du Valais, et en particulier au jardin du cabanon en question où vivent heureux Blanche-Neige et ses petits compagnons.

Tel un éclatant bouquet final en l’honneur du Valais, l’installation Joyaux du Valais, préalablement projetée sur deux des cabanons du site, se compose de bouts de verre coloré disposés sur la vitre éclairée d’un rétroprojecteur rappelant les plaques lumineuses où sont observés et exposés des objets précieux. Au centre de l’agrandissement projeté sur le mur, un petit miroir renvoie sur le mur opposé une seconde image inversée en plan rapproché qui apparaît comme un tableau-vitrail aux accents abstraits et modernistes accroché dans l’encadrement d’un probable miroir fantôme posté au-dessus de la cheminée.

Qu’ils consistent à exposer un objet ready made ou à intervenir de manière plus ou moins perceptible et expérimentale sur une variété de surfaces et matières préexistantes, les gestes de Stéfan Tulépo produisent et révèlent des combinaisons et des correspondances — entre images, objets, formes, matériaux, êtres, lieux, territoires, temps, etc. — qui apparaissent comme autant de mises en relation pouvant intégrer des considérations tant esthétiques et culturelles que sociales et politiques. Inventeur du quotidien, flâneur, joueur, (r)assembleur et doux rêveur, il (re)compose à partir de l’existant et crée, par des moyens simples, de nouvelles manières de voir et d’être au monde, autrement, en lien avec ce(ux) qui nous entoure(nt).

Anne-Lou Vicente a été invitée à accompagner l’artiste par l’écriture d’un texte à la fin de la résidence.

Notes :

1 – Le travail de Stéfan Tulépo trouve un écho avec l’architecture composite et inventive des cabanons faite à partir de matériaux pauvres et le plus souvent récupérés (anciennes traverses de chemin de fer et wagons de train inutilisables, poutres en bois, parpaings, papier mâché, tôle ondulée, etc.).

2 – Tour que je m’amuse en quelque sorte à réemployer à travers le titre de ce texte qui pointe notamment l’épineuse question du terrain (non) constructible que soulève la loi Littoral, laquelle menace de disparition les cabanons du Valais.

3 – Toutes les interventions in situ de Stéfan Tulépo ne sont jamais visibles de manière directe et font systématiquement l’objet d’images qui en constituent la trace.

4 – Seul le rez-de-chaussée, rénové et dédié aux expositions, est ponctuellement ouvert au public. Les étages sont utilisés comme ateliers pour les résidents et comme espaces de travail et de restitution pour les étudiants lors de workshops. La réhabilitation du lieu se veut progressive de sorte à en faire moins un simple contenant d’art qu’un matériau artistique à part entière.

5 – On la retrouve également sur un couvercle de poubelle, dans la lignée des « Grattages », série de dessins gravés sur divers matériaux représentant le lieu où ils ont été trouvés. https://www.stefantulepo.com/grattages

Teaser de l’exposition :  « Le sable du château »
Exposition de Stéfan Tulépo 19, 20 et 21 octobre
Villa Rohannec’h, Saint-Brieuc.

Musique : Maxwell Farrington – « la villa »
Réalisation : Margaux Germain
Coproduction : Réseau documents d’artistes – Documents d’Artistes Bretagne


Le sable du château, exposition de fin de résidence de Stéfan Tulpo les 19, 20 et 21 octobre à la Villa Rohannec’h.


Photo © Stéfan Tulépo